Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a voté la fin du devoir conjugal dans le Code Civil.
Oui, vous avez bien lu. En 2026.
Il aura fallu 222 ans après le Code civil de 1804 pour que la loi affirme clairement une chose pourtant élémentaire : le mariage ne crée aucune obligation sexuelle.
Parce que pendant plus de deux siècles, le droit français a laissé planer un doute. Un doute qui a pesé lourd.

1804 : l’obéissance inscrite dans la loi
En 1804, le Code civil pose les bases.
Le mari doit protection à sa femme, la femme doit obéissance à son mari.
Le mariage n’était pas un partenariat, c’était une hiérarchie.
Et le corps des femmes entrait dans le contrat.
Très romantique tout ça.

Pendant des décennies, le viol conjugal était impensé et donc impuni
Il faudra attendre 1980 pour que le viol soit reconnu comme un crime.
Et 1990 pour que la justice reconnaisse enfin le viol conjugal.
Autrement dit, pendant presque tout le 20e siècle, l’idée qu’un mari puisse violer sa femme relevait du tabou.
Le consentement disparaissait dès la bague passée au doigt.
Féministes et bruyantes depuis 1897
En 1897, La Fronde, journal féministe fondé par Marguerite Durand, prouvait déjà que les femmes écrivaient, dirigeaient et pensaient. On leur reprochait un ton “trop masculin” parce qu’elles réclamaient des droits (oui certaines choses ne changent pas…).
En 1972, le procès de Bobigny, le procès du siècle, transformait une cour de justice en tribune politique.
Là encore, on disait que ces femmes exagéraient.
Spoiler : elles avaient raison.

“Mais enfin, c’était symbolique…”
On entend déjà l’argument : “Le devoir conjugal n’était plus appliqué, c’était juste symbolique.”
Juste symbolique ?
Les symboles organisent le réel.
Pendant des décennies, cette notion a permis de :
- minimiser les violences sexuelles
- faire peser la culpabilité sur les victimes
- maintenir l’idée qu’une épouse “doit” quelque chose
Une ambiguïté juridique n’est jamais neutre. Elle choisit toujours son camp.
Ce vote n’est pas une faveur
Ce n’est pas un cadeau fait aux femmes.
C’est la correction tardive d’un droit qui a longtemps normalisé la domination masculine.
On ne “modernise” pas le Code civil. On le débarrasse d’un héritage patriarcal.
Ce vote ne crée pas le consentement, il existait déjà dans le droit pénal.
Mais en supprimant un vestige, il dit clairement que :
- le mariage n’est pas un contrat de disponibilité sexuelle,
- le consentement ne se présume pas,
- l’intimité n’est pas une dette conjugale,
- le “oui” d’hier ne vaut pas pour toujours.
On ne célèbre pas une générosité, on acte la fin d’une anomalie.
Et maintenant ?
L’histoire nous a appris une chose : chaque droit peut être fragilisé.
Le combat pour l’égalité réelle ne s’arrête pas à une ligne supprimée dans un texte de loi.
Mais le 28 janvier 2026 restera une date importante.
Parce que pour la première fois depuis 1804, le Code civil français ne peut plus être invoqué pour suggérer qu’une épouse doit quelque chose sexuellement à son mari.
Et ça, ce n’est pas symbolique. C’est politique.
(Même si deux siècles, c’était un peu long).
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